RAMEAU
La première sortie de cette collection de Musique Française de Paradizo est une élégante sélection de pièces de clavecin de Jean-Philippe Rameau (1683-1764) choisies par Skip Sempé. A côté des œuvres pour clavecin de François Couperin, celles de Rameau comptent parmi les plus remarquables exemples de littérature française pour clavecin du 18ème siècle. Rameau, avant tout connu comme claveciniste et organiste, se centrera sur l'opéra à l'âge de 50 ans.
Rameau s'intéressait au futur. Il préférait ignorer, de façon plutôt catégorique, les conventions et les traditions du passé. Couperin, au contraire, était un traditionaliste. Les œuvres de ce dernier représentaient une sorte de théâtre de salon à la française tandis que chez Rameau la tendance allait vers un théâtre de l'opéra plus italianisant. Le spectacle des mains des figures de la main gauche (appelées batteries par Rameau) que nous trouvons dans Les Cyclopes, ou lesarpèges qui caractérisent La Dauphine sont tous deux bien loin de la notion de François Couperin préférant « ce qui le touche à ce qui le surprend ! » Rameau était inlassable dans son étalage provocateur d'effets nouveaux et récemment inventés. L'utilisation de ces valeurs dans le cadre de la bonne éducation et des bonnes manières reflète clairement son idée du « grand style ».
Mais Rameau fut aussi un des plus grands compositeurs pour le ballet de tous les temps. Ce genre de composition apparaît généralement dans sa musique orchestrale, quoique ici, dans les Pièces de clavecin en concerts, il ait réduit l'orchestre à seulement trois instrumentistes. Ce disque reprend des transcriptions de ces Pièces pour deux clavecins, s'inspirant ainsi de Couperin lui-même qui interprétait sa musique de chambre sur deux clavecins avec ses amis et ses élèves. Skip Sempé et Olivier Fortin ont déjà interprété et enregistré ce type de concerts dans une grande variété d'autres répertoires.
La réputation de Skip Sempé comme un des meilleurs interprètes de ce type de répertoire n'est plus à faire, il en est sans doute le spécialiste actuel. Il joue ici un légendaire clavecin de Bruce Kennedy, construit sur base des modèles français du 18ème siècle.